Mon corps m'appartient-il ?
Mon corps, c'est moi. Pourquoi ne
pourrais-je pas en faire ce que je veux ?

par Tali Loewenthal

L'idée que «mon corps m'appartient» a joué
un rôle primordial dans le fait que la vie
moderne soit devenue plus séculaire et plus
libertine. «Mon corps m'appartient»
entend-on de toutes parts «et donc je peux
en faire ce que je veux du moment que je ne
porte pas atteinte à autrui». Cela semble,
somme toute, assez logique. Nous vivons
constamment en compagnie de notre corps.
Nous pouvons aisément comprendre que
des lois doivent régir ce que nous faisons
aux autres. Mais mon corps, c'est «moi».
Dès lors, en quoi ce que j'en fais
concerne-t-il qui que ce soit ? Pourquoi la
Torah devrait-elle s'en soucier ? Pourquoi la
Torah nous donne-t-elle des règles sur la
manière de nous comporter avec notre
propre corps ?
Il est de fait que bon nombre des lois et des enseignements de la Torah concernent
précisément notre propre corps. Les lois de la Cacherout concernent les types
d'aliments avec lesquels nous devons le nourrir. Certaines bénédictions spécifiques
sont récitées avant et après manger. Des règles et idéaux régissent notre pudeur et
notre moralité personnelles. Des injonctions nous interdisent de le faire souffrir. Une
loi va même jusqu'à interdire le tatouage.

Mais en fait, nous comprenons que D.ieu est le Maître du monde tout entier et que
donc Il est apte à donner, par l'intermédiaire de Sa Torah, des lois qui affectent
chaque détail de notre vie quotidienne. D.ieu a créé le monde et notre corps fait partie
intégrante du monde. C'est pourquoi, il tombe sous le sens que des enseignements
de la Torah indiquent ce que nous devons en faire ou ne pas en faire. Toutefois,
il faut aller encore plus loin.

La perspective de la Torah veut qu'en fait notre corps ne nous appartienne pas, il est
la propriété exclusive de D.ieu. C'est différent, en cela, de ce que nous possédons
réellement : notre argent, notre ordinateur, notre maison, notre voiture. Il est vrai
qu'en termes généraux, «le monde entier appartient à D.ieu» mais néanmoins, D.ieu a
remis entre nos mains des possessions matérielles qui sont les nôtres et dont, bien
sûr, nous devons faire un usage correct, guidé par la Torah. Par contre, nos corps
physiques ne sont pas à nous. Nos Sages disent qu'ils nous ont été prêtés par D.ieu
et qu'ils conservent constamment leur qualité spirituelle.

Cette idée apparaît clairement dans un commentaire sur une loi extraite de la Paracha
de cette semaine, Choftim (Devarim 16, 18 – 21, 9).

La Torah évoque l'ancien processus juif légal qui condamne à la peine capitale pour
certains crimes graves. Elle statue qu'un tel châtiment ne peut être appliqué que
lorsque des témoins sûrs ont accusé la personne. Maïmonide explique que cela
signifie que la loi juive ne permet pas une telle peine si la personne ne fait que
reconnaître elle-même son méfait. Si l'homme plaide coupable et affirme qu'il a tué
mais qu'il n'y avait pas de témoins, il n'est pas puni comme un meurtrier. Maïmonide
stipule : «c'est un décret divin». Par contre, dans les cas juridiques qui se présentent
dans la vie quotidienne et concernent des litiges sur de l'argent et des biens matériels,
si quelqu'un vient admettre qu'il a tort, cet aveu est accepté comme la preuve la plus
irréfutable. Selon les mots du Talmud, dans un tel cas «l'aveu émanant de l'accusé est
équivalent à cent témoignages».

Pourquoi y a-t-il une telle distinction entre les lois juridiques concernant le corps
physique et celles qui traitent des possessions matérielles ? L'une des explications
soutient l'idée que notre corps, contrairement à nos possessions matérielles, ne nous
appartient pas. Il reste la propriété de D.ieu. Nous n'avons pas le droit de porter
préjudice à notre corps par des actions physiques, pas même si cela suit un aveu
devant la cour suprême. Ce n'est qu'un processus légal complet qui, à l'époque du
Temple, était appliqué très rarement, qui peut aboutir à la peine capitale.

Si notre corps reste la propriété de D.ieu qu'Il ne fait que nous le prêter, nous
pouvons dès lors comprendre pourquoi tant de lois indiquent la manière dont nous
devons le «traiter». Et elles sont d'une sainteté particulière.

La tâche de la vie consiste à respecter la sainteté qui se trouve à l'intérieur de nous-
mêmes, de notre propre corps physique, et également, en dernier ressort, à l'apporter
à toutes nos possessions matérielles et au monde entier, par le respect des lois de la
Torah. C'est alors que nous tous pourrons percevoir que toute existence, dans tous
ses détails exprime la gloire de D.ieu.



Adaptation libre par le Dr Tali Loewenthal d'un commentaire du Rabbi de Loubavitch
(Likoutei Si'hot vol. 34, 106-113)

Dr. Tali Loewenthal est maître de conférence en Spiritualité Juive au University
College de Londres et est l'auteur de Communicating the Infinite: The Emergence of
the Habad School