Le Machia'h vient "par surprise"
Dans ce cas, pourquoi l'attendre ?

par Menahem Brod


Il arrive que des gens demandent comment l'attente impatiente du Machia'h peut-être
compatible avec l'annonce du Talmud selon laquelle « C'est seulement si l'on n'y pense pas («
Be-essia'h hadaat ») que le descendant de David viendra. » Cette question représente un
bon exemple d'une rhétorique qui découle d'un manque de compréhension des sources et
des principes d'étude de la Torah.

Même en admettant qu'il existe un enseignement talmudique qui exige qu'on se « désintéresse
» du sujet de la Délivrance messianique, cela n'efface pas l'abondance de versets, de paroles
des Sages et de lois (halakhot) qui stipulent le caractère essentiel de l'attente impatiente du
Machia'h, ni les innombrables prières des jours de semaines comme du Chabbat et des fêtes
qui expriment notre hâte de voir la Délivrance, ni le grand nombre de maîtres de la Torah qui,
à toutes les époques, furent des exemples vivants de l'expectative de la Guéoula.

Sans calculs

En réalité, il n'est pas nécessaire de déployer de grands efforts pour résoudre cette
apparente contradiction. Les mots exacts du Talmud sont : « Trois choses viennent quand on
n'y pense pas : le Machia'h, une trouvaille et un scorpion. » (Traité Sanhédrine 97a). Cela
signifie que, à l'instar d'une trouvaille à laquelle on ne s'attend pas, le Machia'h se révélera
soudainement, sans que l'on n’ait pu déterminer précisément ce moment à l'avance.

Certains objectent qu’il est rapporté dans cette discussion talmudique que lorsque Rabbi
Zeyra a entendu les Sages débattre du thème de la Délivrance, il leur a dit « De grâce, ne
l'éloignez pas ! », justifiant ses propos par le fait que le Machia'h doit venir « quand on n'y
pense pas ». Cependant, ceci est éclairci par le commentaire de Rachi qui explique que ces
Sages étaient en train de calculer des échéances pour savoir quand le Machia'h viendra.
Rabbi Zeyra a donc voulu signifier que calculer des dates repousse la venue du Machia'h car
celui-ci viendra « par surprise », sans que l'on s'attende à sa venue à un moment précis.

Nous prions pour la Délivrance, nous l'espérons à chaque instant de la journée (selon le texte
de la prière de la Amida), mais, de même qu'il est impossible de déterminer le moment où l'on
fera une trouvaille ni celui où on croisera le chemin d'un scorpion, il est impossible de savoir
quand la Délivrance messianique interviendra.

Au contraire, les deux autres sujets mentionnés, la trouvaille et le scorpion, soulignent à quel
point la conscience de l'attente du Machia'h ne peut se faire en s'en désintéressant : un
homme peut passer sa journée à chercher un objet perdu, il ne sera pas moins surpris de
l'instant et de l'endroit où il le trouvera. De la même façon, un homme avançant avec
précaution dans un endroit qu'il sait infesté de scorpions ne sait pas à quel moment il va se
faire piquer. Ainsi en va-t-il de la Délivrance : nous y pensons, nous l'attendons, nous prions
pour sa venue et nous nous y préparons, il est néanmoins clair que le moment précis de son
avènement nous surprendra.

Le Maharcha explique le lien entre le Machia'h, une trouvaille et un scorpion dans un
commentaire extraordinaire : « Si le Juif est méritant, la venue du Machia'h le surprendra
comme le ferait une bonne trouvaille, elle le réjouira et lui profitera. S'il n'est pas méritant, la
venue du Machia'h sera pour lui comme la mauvaise surprise d'une piqûre de scorpion. »

Toujours surpris

Les textes de la 'Hassidout donnent des interprétations encore plus profondes de ce passage
du Talmud. L'une d'entre elles est que lorsqu'un Juif considère le monde qui l'entoure et arrive
à la conclusion qu'il est logiquement impossible que le Machia'h vienne dans ces conditions
mais, malgré cela, conserve toute sa foi en l'imminence de la Délivrance, il accomplit alors
Essia'h hadaat, car sa foi en la Délivrance « dépasse sa pensée » et son intellect.

Il est expliqué dans le Tanya que le dévoilement du Machia'h est un évènement qui
transcendera les limites de la raison, ce sera « le dévoilement de l'essence commune à toute
chose ». Ce sera un cadeau d'En-Haut auquel l'homme ne peut parvenir par la seule force de
son esprit. D.ieu le lui donnera d'une manière qui transcendera la logique humaine.

Le Rabbi de Loubavitch explique que Essia'h hadaat est une forme d'attente de la Délivrance
messianique. Nous ne devons pas attendre la venue du Machia'h sur la base de notre
compréhension des bienfaits que nous retirerons de l'ère messianique. Nous devons « écarter
notre pensée » de tous les bienfaits matériels et spirituels que la Délivrance amènera pour
nous concentrer sur son véritable objet : que la volonté divine soit réalisée, « que les mondes
inférieurs soient une résidence pour D.ieu ».

Que D.ieu nous préserve donc « d'écarter notre pensée » de la Délivrance elle-même. Au
contraire, l'attente impatiente est la meilleure expression de la foi en son avènement.



Extrait du Livre "Yemot HaMashiah" éd. Tseirei Agoudat Habad, Israël.