Le péché est-il une notion juive ?
Mais qu'est-ce que c'est au juste, "pécher"?

par Yanki Tauber


Prononcez le mot « péché » et vous évoquerez des notions très
différentes chez différentes sortes de gens.

Pour les angoissés de l’enfer, ce mot a des relents de soufre, de honte et
de chair roussie. À l’oreille des hédonistes – les fameux « kiffeurs » d’
aujourd’hui – ça a une connotation assurément plus fun. Certains pensent
qu’il s’agit d’un concept exclusivement chrétien, alors que d’autres l’
attribuent aux Hébreux des temps bibliques. Mais pour les sages du
Talmud, le péché est avant tout un acte de stupidité.

« Une personne ne pèche, écrivent-ils, que lorsque qu’un esprit de folie
est entré en elle. »

Avant que j’aie ce travail, mon métier était de rédiger des modes d’emploi
pour différents appareils domestiques. Vous savez, ces livrets de 30
pages que l’on trouve dans la boite avec les perceuses, les fours à micro-
ondes, etc. C’était un boulot assez ennuyeux, mais assez bien payé et
surtout c’était le genre de chose que l’on peut rédiger avec deux enfants
sur les genoux. Le bon côté était que je n’avais pas besoin de signer mes
écrits.

Bref, un jour je reçois du service client d’une des sociétés pour lesquelles
je travaillais une lettre que, s’agissant de la première réponse jamais
reçue de la part d’un lecteur de mon « œuvre », je me suis empressé de
lire.

« Monsieur, commençait la lettre. J’ai entre les mains un livret dont vous
êtes l’auteur qui se trouvait dans l’emballage de mon nouveau caméscope.
Je dois avouer que je suis scandalisé par votre suffisance et votre audace.
Il s’agit de ma caméra, pour le prix de laquelle j’ai dépensé mon argent,
durement gagné. Elle a beaucoup de boutons, interrupteurs et diodes
indicatrices, et ce sont tous mes boutons, mes interrupteurs et mes diodes
indicatrices. Comment osez-vous me dire ce que je dois en faire ! J’ai bien
l’intention d’appuyer sur chacun de mes boutons ou d’actionner chacun de
mes interrupteurs comme il me plaira. Et concernant les diodes
indicatrices, c’est moi, et non pas vous, qui vais déterminer ce qu’elles
vont indiquer. Qui plus est, je me réserve le droit de n’en tenir aucun
compte, si tel est mon bon plaisir. Bien cordialement, un client très stupide.
»

Évidemment, il n’a pas signé comme cela, mais il aurait pu. Inutile de dire
que je ne lui ai pas répondu.

Les sages du Talmud ne faisaient pas vraiment de différence entre mon
client stupide et le pécheur moyen. Dans leur optique, quand une
personne agit à l’encontre des instructions du Créateur sur la manière
dont la vie doit être vécue, il se peut qu’il commette un acte qu’il
conviendra de qualifier de mauvais, méchant, égoïste, destructeur,
agréable, provoquant, lâche, etc, selon le cas. Mais, avant tout, il commet
quelque chose de profondément stupide...